Charles Gassot :
Président de l'association Ecole du Monde

 

Par les temps qui courent, les donateurs se font plus rares et on les comprend. Remplir leur caddy est leur priorité.

La crise qui n’en finit pas à Madagascar fait que les grands bailleurs de fonds internationaux ont bloqué toute aide. De toute façon, depuis 15 ans, nous n’avons jamais bénéficié de leur soutien.

Encore une fois, il ne faudra compter que sur nous, et sur vous. Et aussi peut-être, sur vos idées et vos actions.

Notre gestion en 15 ans a été des plus claires, l’argent géré au mieux a été investi dans des projets qui aujourd’hui sont en plein développement.

Cette crise doit nous rendre encore plus créatifs, à nous de faire que Ecoles du Monde dans ces temps difficiles tienne une discipline de fer dans sa gestion.

J’ai donc demandé au bureau de Mahajunga et au bureau de Paris de réfléchir à la question. Le financement est le “nerf de la guerre” des ONG. Une gestion encore plus rigoureuse permettra à notre association de garder la tête hors de l’eau.

Il n’est pas question d’être sur place dans cette brousse (Nord-Ouest de Madagascar), qui année après année sort doucement de l’anonymat, pour soudain décider de ne plus rien y faire.

Depuis 15 ans, chacun des dons que nous recevons est pris en considération et utilisé à meilleur escient. Chaque don a été investi dans les écoles, dans l’eau (puits, châteaux d’eau, sanitaires, douches…), dans les salaires des instituteurs et des sages-femmes, dans le reboisement, dans la riziculture, etc.

C’est un fait certain, cette période est compliquée. La position de Président d’ONG est moins que jamais aisée. Le bureau de notre association auquel j’ai posé la question de confiance en janvier 2012 me suit sans restriction, pour que nous poursuivions notre action, et toujours dans une relation d’absolue transparence avec vous.

La présence d’Ecoles du Monde est essentielle dans cette région oubliée. Nous apportons notre soutien aux villageois désemparés et démunis. Et nous réintroduisons peu à peu un sens du civisme et des repères auprès d’une population qu’on a trop longtemps laissée livrée à elle-même.

Ecoles du Monde est aujourd’hui respectée dans un pays en proie à son démon récurrent, crise politique sur crise politique.

Tous les jours nos équipes luttent pour apporter un brin de démocratie dans ce pays qui, s’il ne se reprend pas, risque de devenir un état de non-droit. Si ce jour devait arriver, nous serions touchés en plein coeur.

J’entends souvent dire que nous ne sommes pas une ONG "comme les autres". "Que nous sommes inclassables". C’est sans doute vrai et c’est tant mieux !
Si nous devions revendiquer un seul "mot d'ordre" immuable, ce serait de favoriser le talent des hommes et des femmes que nous accompagnons durant quelques années, jusqu’à ce qu’ils soient prêts à prendre eux-mêmes leur destin en main.

Contre vents et marées, grâce à vous, nous continuerons.
Charles Gassot